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  • Photo du rédacteurDaniella Imae

La mélodie du bassin

Dernière mise à jour : 22 févr. 2023

Récit écrit pour être lu dans le cadre d’un atelier à la maison du Récit, Lausanne Métaphoriser les récits de nos vulnérabilités, atelier animé par Katia Delay


Ce matin-là, dans ma lecture,

une phrase inspirante de Jean-Yves Leloup de son livre Le paradoxe chrétien : « La matière est la vitesse ou la fréquence la plus lente de la lumière ou la Lumière est la vitesse ou la fréquence la plus haute de la matière. »





10…

Un pas de plus. Je l’arrache à mon bassin, é mes cuisses, à mes reins. Surtout ne pas la lâcher.

GRAT, GRAT, GRAT



9…

Elle me pèse. Satanée planche à lessive. Satanée héritage des mères

FROT, FROT, FROT



8…

Encore un pas, celui de mes orteils crampés dans la Terre. Ses griffes ne sont pas loin…

Je le sais, je l’entends



7…

Suspendue entre deux pas. L’Eternité de l’instant, savoureuse intermède. De là-haut je nous vois tous les trois. Elle, en sécurité sous mon bras, au cru de mon aisselle, serrée entre mes doigts sur mon cœur. Lui, son souffle sur ma nuque, toujours à l’affût de mon égarement, quand j’oublie, quand je T’oublie.


6…

Un pas, lourd, Un corps qui pèse, trop. Cette chair source de tant de délices passés, créatrice de danses vivantes qui t’ont célébré si fort, qui t’ont réveillée dans mes entrailles. Chair devenue matière sombre, douloureuse, ralentie, mesurée, moribonde.

Gouffre de mes impossibles.



5…

Les deux pieds au sol, je m’arrête, juste un instant, dans l’urgence. Danger de l’arrêt, de la mort du mouvement, de la fin du Chemin. Il ne peut durer. Déjà son souffle réchauffe ma nuque, il attend, il espère, il complote, il me tente,

il veut que je te quitte.



4…

GRAT,GRAT,GRAT mes doigts glissent sur la planche, sans linge sans savon, absurdité, perte de sens. Elles ont dit « ce n’est pas pour laver, c’est pour voir. » Je ne vois rien je sens le bois, le métal, la corrosion

Mais je ne vois rien.






3…

Plus de souffle, ni sur ma nuque, ni dans ma poitrine. Je ne respire plus. et pourtant mon corps marche De plus en plus lentement, sans souffle ni présence.

Ça marche.



2…

Plus de présence, plus de matière. Suis-je devenue si lente que je ne sens plus rien ? Ni mon corps, ni ma planche, ni son souffle ? Ni mon poids, ni ma douleur, ni l’en-haut, ni l’en-bas ?



1…

GRAT, GRAT, GRAT C’est la planche qui me marche. Lui, il a disparu, il a arrêté d’attendre que je t’oublie. Il a accepté que ça n’arriverait pas. Que je disparaitrai plutôt que t’oublier. Que je t’offrirai ma chair et mon histoire, mon histoire et ma mémoire, que je n’aurai pas de sens sans lui, sans elle, sans Toi, sans Foi.



0…

Elles savaient les mères, elles savaient.

Ni d’en-haut, ni d’en-bas, ni d’ici, ni de là, je me suis retournée en Toi et je vois…

La mélodie du bassin.




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