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  • Daniella Imae

Rencontre avec la Vérité

Récit biographique :

Faire le récit d’un événement fondateur qui m’a amenée, d’une manière ou d’une autre, à être ici et maintenant.


Une consigne qui questionne et qui fait remonter le temps. Si je vous précise qu’elle m’est posée dans le cadre d’une démarche thérapeutique pour le Covid long, j’imagine que comme pour moi, l’interpellation ne fait que grandir.


Beaucoup d’événements m’ont amenée à être ici et maintenant. Ma conception par exemple, le vœu aimant d’un homme et d’une femme désireux d’accueillir un enfant est certainement l’événement fondateur de mon être, mais je ne peux en faire le récit car je n’y étais pas. J’en retiens un élément clé, c’est par amour que je suis ici et maintenant, c’est forcément l’amour qui est à l’origine de tous les événements fondateurs de ma vie. L’amour a la dimension qu’il a dans ma vie aujourd’hui, grâce à la rencontre de cet homme merveilleux, avec lequel j’ai connecté à la dimension de l’amour inconditionnel, mais est-ce vraiment un événement fondateur ? je pense que non, car cette rencontre a révélé, forgé, tissé et embelli ce qui était déjà là. Pourtant cette rencontre a un lien étroit avec ma façon de vivre ce Covid long. Je remonte encore un peu le temps, la rencontre avec ce podcast de Denis Marquet, « Aimer à l’infini » où j’ai entendu les mots de tout ce qui m’anime depuis l’enfance, mais auquel je ne savais pas donner de forme, ces mots qui parlent de la Voie christique et de l’essentiel dans la vie ? À nouveau, je réalise que cet événement aussi ne venait que révéler quelque chose qui pulsait déjà et qui animait celle que je suis depuis longtemps. Par contre ces événements récents et très importants pour moi, ont toujours ce même point commun, l’amour. Je me laisse inspirer par cette dernière pensée et arrive à ma mémoire un événement clé, un événement que j’ai vécu de moi à moi et qui vient s’éclairer de cette lumière fondatrice, oui, c’est bien un des événements fondateurs qui m’a amenée à être ici et maintenant. Je vais vous le conter.


Je devais avoir environ seize ou dix-sept ans le jour où je me suis faite cette promesse, le jour où j’ai pris cette grande décision qui a changé ma vie et m’a amenée sur le chemin de la vérité de qui je suis.

J’ai grandi dans une famille de trois enfants dont j’étais celle du milieu, j’ai grandi avec mes parents jusqu’à mes quatorze ans, puis à leur séparation, nous sommes restés tous les trois vivre avec mon père. Mon père était un homme incroyable, il faisait des métiers dont je ne comprenais presque rien et qui l’emmenaient souvent dans des voyages durant lesquels il vivait mille et une péripéties, qu’il nous racontait à son retour. Longtemps, il n’a été que celui-ci pour moi. Puis petit à petit, j’ai découvert des parts de sa vie qu’il tenait cachées, accusé d’escroquerie dans la vingtaine, il a menti au divorce d’avec ma mère pour garder l’apparence à laquelle il tenait tant, il nous a fait croire que nous avions rendu notre mère malade, il avait plusieurs femmes en même temps, ici et ailleurs, il avait même une enfant qui grandissait dans un pays voisin. À chaque fois qu’il nous révélait un mensonge, il présentait en même temps une version romancée et justificatrice de l’événement, de telle façon que celle-ci me semblait non seulement plausible mais être absolument la vérité, car il était mon père, mon roc. J’ai ainsi grandi dans un univers, où il était tout à fait normal de mentir, ou plutôt comme il est plus facile de le dire, un monde où s’arranger sa vérité est une norme.

J’ai fidèlement suivi ce modèle durant mon enfance et mon adolescence. J’avais moi aussi une vie palpitante, que je me délectais de raconter à mes amis et c’était un grand plaisir que d’être ainsi le centre de l’attention. J’empilais mes mensonges et mes variations de vérités aussi aisément que je m’habillais le matin et me déshabillais le soir. Toutefois, à force d’acrobaties autobiographiques, je me retrouvais petit à petit dans un étau très étroit qui commençait à m’étouffer progressivement, mais sûrement. À celle-ci j’avais raconté que j’avais fait ce voyage, non c’était à lui ? À lui j’avais promis que je ne connaissais pas cette personne ou était-ce l’inverse ? Je m’étais perdue moi-même dans mes mensonges et je ne savais plus quel fil rouge suivre avec ces amis-ci, ni avec ces amis-là. Ce jour-là j’ai réalisé que si je persévérais dans cette voie du voilage de vérités, j’allais perdre toutes mes relations et surtout que petit à petit, je ne savais plus moi-même qui j’étais à force de me réinventer à chaque récit. J’ai donc décidé d’arrêter, du jour au lendemain, de ne plus jamais mentir, de ne plus rien inventer à ma vie et d’être honnête. Ça a été très difficile, à chaque fois que je me trouvais confrontée à un mensonge que j’avais raconté, je devais reconnaître que c’était faux, que je n’avais jamais fait ceci ni cela, reconnaître dans toutes ces situations, toutes ces discussions ce château de cartes que j’avais monté par ignorance, par habitude, ou plutôt, cette prison de cartes que j’avais construite et dans laquelle je m’étais enfermée.

Ce jour-là, j’ai choisi le chemin de la vérité. Je ne peux pas dire que je n’ai plus jamais triché ni menti, mais je savais ce que je faisais et je savais pourquoi je le faisais. Une vieille connaissance, de quarante ans mon ainée, m’a fait un jour une révélation au détour d’une question de femmes : « on ne vous a jamais appris qu’il ne fallait pas tout dire à son mari ? » J’étais complètement estomaquée, ne pas tout dire n’était pas mentir mais pouvait être prendre soin de la relation. Mon chemin de vérité continuait à s’éclairer.

Environ vingt ans plus tard, j’ai pris le courage d’évoquer le divorce et son contexte avec mon père, il me racontait sa version, j’essayais de lui dire ce qui s’était vraiment passé, j’insistais et j’ai compris que cette vérité qu’il s’était construite, était pour lui la seule vérité, que si je m’entêtais à le forcer à lever les voiles, c’est toute sa vie, tous ses choix qui étaient remis en questions et que clairement, il s’était accommodé de sa prison de cartes et que pour lui, il vivait dans un château flamboyant qui, s’il s’écroulait, l’emporterait.

Ce chemin de vérité, d’authenticité est devenu essentiel dans ma vie. L’authenticité est la plus haute valeur que je nourris et dont je prends soin dans ma relation à moi, aux autres, dans mes choix et mes décisions. Quand je me suis faite attrapée par le Covid, j’avais justement fait le vœu d’accueillir tout ce que la vie allait m’offrir avec cette qualité d’amour inconditionnel, à laquelle je venais à peine de renoncer dans ma relation à cet homme, dont je vous ai parlé plus haut. J’ai ainsi choisi d’ouvrir grand les bras à mes sensations, à mes besoins, de savourer ce qui était possible de vivre avec tendresse et gratitude. Je ne voulais ni refuser le virus, ni me battre, ni me fâcher, juste aimer l’instant.

Ce que cette maladie et cette période sont venus révéler pour moi, c’est cette absolue impossibilité de mentir à qui je suis. Il m’est depuis impossible de faire un choix qui trahisse qui je suis, de mentir ou de me mentir. C’est un puissant révélateur de vie authentique. J’ai dû quitter un emploi car je n’avais plus les compétences pour l’exécuter, mais en fait, les raisons qui me faisaient le garder n’étaient pas de bonnes raisons, pas des raisons qui nourrissent les valeurs importantes pour moi, je mentais à une part de qui je suis, en craignant de le quitter. La peur qui me retenait était celle de ne plus pouvoir payer mon loyer dans ce lieu de vie où vivent mes enfants, mais là aussi je me mentais. Je n’osais pas voir à quel point j’avais confiance en la vie, je n’osais pas voir que je savais très bien que je n’ai pas le pouvoir de mettre mes enfants en danger, quel orgueil ! Depuis cette maladie, je suis entrée deux fois dans une relation amoureuse et deux fois j’en suis sortie quand j’ai bien voulu lever le voile du manque de respect que je choisissais de vivre, en m’entêtant à ne voir que l’illusion que ces hommes m’apportaient. Depuis cette maladie, je n’ai pas eu peur de dire à mes fils que nous vivions sans doute l’apogée de notre vie à trois, lors de cette merveilleuse soirée au restaurant, je n’ai pas eu peur de voir la vérité que oui, cette vie de famille est sur le point de se transformer et que pour se transformer, elle doit mourir à ce qu’elle est pour renaître.


Le cœur de ce chemin de vérité est bien dans ce passage de la mort à la renaissance, dans ces successions de transitions qu’est la vie. Cela ne fait que neuf mois que je vis avec mon nouveau résident, le coronavirus mais si, là aussi, je m’avoue la vérité, j’ai cru qu’un jour il allait partir et que je continuerais ma route sans lui. Depuis quelques mois, j’accepte qu’il est une part de vivant qui est venu m’enseigner et que nos chemins sont liés. Comme avec un autre virus, je rentre petit à petit en symbiose et accepte de faire le deuil de compétences autant que de croyances désuètes.


Alors je choisis, à partir de maintenant, d’aller au bout de mon chemin d’accueil dans l’amour inconditionnel de cette maladie et j’avance en confiance que cette nouvelle transition m’amènera vers plus de vérité, plus d’amour et donc plus de vie.



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